Stu Morrow, CFA | Conseiller en placement chez Mawer
Pendant des décennies, le monde de l’investissement reposait sur une hypothèse fondamentale : lorsque les actions faiblissent, les obligations offrent de la stabilité. Cette relation a servi de fondement à la construction de portefeuilles, le revenu fixe agissant comme contrepoids fiable à la volatilité des marchés boursiers. Puis est arrivée l’année 2022 — une année qui a bouleversé la sagesse conventionnelle alors que tant les obligations que les actions ont chuté simultanément, amenant de nombreux investisseurs à remettre en question des croyances de longue date sur l’allocation d’actifs.
Ce comportement du marché rappelle avec force que le revenu fixe fonctionne par cycles, et que l’environnement actuel exige des approches différentes de celles qui ont eu du succès au cours des dernières décennies. La bonne nouvelle? Les défis apportent aussi leur lot d’occasions — pour ceux qui sont prêts à s’adapter.
Cet article, le deuxième d’une série en deux parties sur l’investissement en revenu fixe, s’appuie sur les principes fondamentaux abordés dans Comprendre l’investissement obligataire: une base pour les investisseurs afin d’explorer:
- L’évolution de l’environement du revenu fixe
- Les implications des récents développements du marché
- Les méthodes pour les investisseurs souhaitant adapter leurs stratégies
La base : Pourquoi le revenu fixe demeure important
Les placements en revenu fixe, aussi appelés obligations — comme les obligations gouvernementales et corporatives — sont fondamentalement différents des actions. Alors que les actions représentent une part de propriété dans une entreprise et offrent un potentiel de rendement illimité (à la hausse comme à la baisse), les obligations sont une forme de prêt : vous prêtez votre argent à un émetteur en échange de paiements d’intérêts réguliers et de la promesse de récupérer votre capital à l’échéance.
Les principaux rôles du revenu fixe dans un portefeuille comprennent:
- Revenu prévisible : Les obligations offrent des paiements de coupons réguliers et prédéterminés, ce qui est particulièrement précieux pour les retraités ou toute personne recherchant un flux de trésorerie stable.
- Préservation du capital : Les obligations de grande qualité, surtout celles émises par des gouvernements stables, offrent un haut degré de sécurité si elles sont détenues jusqu’à l’échéance, car ces entités sont peu susceptibles de faire défaut sur leurs paiements.
- Diversification: Traditionnellement, les obligations se comportent différemment des actions, augmentant souvent en valeur lors de périodes de stress boursier, ce qui réduit la volatilité globale du portefeuille.
- Liquidité: Plusieurs titres à revenu fixe sont très liquides, permettant aux investisseurs de les acheter et de les vendre avec une relative facilité.
- Variété : Les investisseurs peuvent adapter le risque et le rendement en choisissant parmi différents types, comme les CPG (certificats de placement garanti), les obligations gouvernementales, les obligations corporatives et diverses stratégies mondiales.
(Pour une exploration détaillée des principes fondamentaux des obligations, incluant la tarification et des concepts clés comme la duration, consultez notre article compagnon Comprendre l’investissement obligataire : une base pour les investisseurs.)
Obligations vs actions : une différence fondamentale
Bien qu’ils soient tous deux considérés comme des « placements », les actions et les obligations jouent des rôles très différents dans votre portefeuille. Dans la structure du capital d’une entreprise, les détenteurs d’obligations sont des créanciers ayant des droits légaux sur les paiements d’intérêts et le remboursement du capital, tandis que les actionnaires sont les derniers à recevoir les profits de l’entreprise. Cette distinction s’avère souvent précieuse lors de baisses de marché ou de périodes d’incertitude économique, car les obligations offrent généralement de la stabilité lorsque les actions vacillent.
Le paysage en évolution : le revenu fixe dans une nouvelle ère
La fin du régime des taux d’intérêt bas
Comme le montre le graphique 1, pendant plus de deux décennies, les investisseurs ont navigué dans un environnement de taux d’intérêt historiquement bas (et parfois même négatifs), ce qui a comprimé les rendements des obligations et compliqué la génération de revenus. Cette ère a pris fin abruptement en 2021–2022, alors que les banques centrales ont relevé les taux d’intérêt de façon agressive pour lutter contre l’inflation. Les taux obligataires ont grimpé à des sommets inégalés depuis des décennies, et la valeur des obligations existantes a chuté, entraînant des pertes importantes pour les portefeuilles traditionnels.
Rendements obligataires
Les rendements des obligations représentent le revenu qu’un investisseur obtient d’un placement obligataire. Au départ, ce rendement correspond au taux du coupon lors de l’émission, mais il fluctue ensuite en fonction des conditions du marché. Lorsque les taux d’intérêt augmentent, les nouvelles obligations émises offrent des rendements plus élevés, ce qui rend les obligations existantes à plus faible rendement moins attrayantes. Cette relation inverse entre le prix et le rendement explique pourquoi la valeur des obligations diminue lorsque les taux augmentent.


